Par Nathalie Bargetzi, coordinatrice du réseau

Agnès Villechaise et Jessica Brandler sont sociologues au Centre Emile Durkheim à Bordeaux. Elles sont à l’initiative de l’atelier C’est pas très académique ! qui prend la forme de workshop et interventions d’artistes auprès des étudiant.e.s en cours d’année. La journée Savoirs savants s’inscrit dans ce cadre et vient questionner les rapprochements entre sciences sociales et arts vivants.

La première édition en juin 2025 avait donné davantage la parole aux scientifiques. Cette année, ce sont les artistes auxquels les deux sociologues ont donné la parole pour venir partager leur  démarche et manière de collaborer avec des chercheur.e.s.

Quels communs, quels enjeux, qu’est-ce qui se gagne, qu’est-ce qui se perd dans cette collaboration ? Et quelle restitution en fait-on ? Ces questions sont le point de départ des trois projets présentés pendant la matinée, dans l’amphithéâtre bien ventilé, sous les toits de l’université de Bordeaux, place de la Victoire.

Pour commencer, l’artiste-chercheuse Paloma Fernandez nous présente “l’encyclopédie des migrants”, magnifique projet au long cours porté par l’association rennaise “L’âge de la tortue” : dans 3 volumes inspirés de l’encyclopédie de Diderot sont réunis 400 témoignages de migrant.e.s de 4 pays. Paloma nous parle de l’exigence commune, artistique et scientifique, qui jalonne ce projet et tous ceux conduits par L’âge de la tortue.

Clément Muratet et Marjorie Stoker, co-fondateurs du “Collectif Comment C’est Maintenant ? (CCM)” ont poursuivi par la présentation de “Partenaires Particulières” : un projet lauréat du festival FACTS 2025 qui les a associés à une sociologue et des patientes ayant vécu une expérience de cancer du sein.  Clément évoque l’importance qui a été celle de “faire confiance au processus” dans la démarche collaborative de ce projet qui proposait d’explorer autrement les enjeux du soin et de l’accompagnement en oncologie. “Partenaires particulières” a donné lieu à une exposition, une vidéo et une restitution performative très touchante des artistes et des participant.es.

Loïc Chabrier et Maëliss Le Bricon, qui co-dirigent le Collectif Rivage (membre actif du réseau TRAS!) sont venus ensuite nous parler du projet “Où atterrir” : une démarche singulière issue des travaux du philosophe Bruno Latour. Au départ le projet prend la forme d’ateliers qui allient arts vivants et sciences et auxquels participent des citoyen.ne.s. Chacun.e définit son “concernement” et débute son “enquête”.
Lauréat du dernier appel à projet de FACTS, le projet s’est étoffé avec l’exposition “l’art de l’enquête” qui explicite le protocole “Où atterrir” sous forme de planches BD, avec un film d’animation et une forme théâtrale pleine d’humour et dont Loïc a joué les 15 premières minutes.  La pièce, co-écrite et mise en scène par Maeliss et Loïc, raconte leur rencontre avec Bruno Latour et, à partir de leur concernement, embarque les spectateur.rices sur leur enquête et questionnements sur les médias aujourd’hui. Vaste sujet…

Je retiens les propos d’Agnès Villechaise en conclusion de la matinée : à son endroit de sociologue, elle nous dit combien pour elle collaborer avec l’artiste permet au chercheur de “transformer la matière, de détourner les mots” plutôt qu’analyser et restituer strictement sa recherche.

A l’espace Marne l’après-midi, c’était le temps de l’expérimentation : deux ateliers consécutifs pour “toucher du doigt” le protocole “où atterrir” avec le collectif Rivage puis la proposition dansée du collectif CCM.

Et en clôture, une restitution graphique originale et pleine d’humour des échanges de la journée proposée par le duo LoS MUCHoS (Carole Lataste & Benjamin Charles) des éditions N’A QU’1 ŒIL.

 

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