Le réseau TRAS a été invité à participer à la journée arts sciences organisée dans le cadre du Millénaire de Caen qui a permis l’éclosion de projets qui recouvrent cette large dénomination arts sciences.

L’hybridité comme indiscipline

(Merci à David Dronet pour la formule)

De l’art comme vecteur de bien-être pour le cerveau avec « Art, bien-être, cerveau : une rencontre essentielle », de transmission de savoirs à de jeunes artistes « Millenial Academy », de sciences fondamentales aux sciences humaines et sociales, aux questions d’habitabilité avec « Débord(i)ons », ces projets démontrent de notre capacité à travailler en mode multidisciplinaire.

Luc Brou, directeur de l’association Obliques et co-directeur du Festival Interstices, introduit les tables rondes ainsi : L’art et la science se rencontrent pour constituer un terrain commun d’expérimentation, de réflexion et de production mais la rencontre entre un.e artiste et une organisation scientifique est toujours une aventure fragile, qui exige des conditions particulières.
Il ne s’agit pas pour l’art de « se servir » de la science, ni pour la science de réduire l’art à un support communicationnel.
Ce qui fonde la méthode, c’est la reconnaissance de la réciprocité : le scientifique n’est pas réduit à fournir des « contenus » ni l’artiste à produire une « vitrine ». Chacun explore ses propres questions à travers le regard et les méthodes de l’autre.
Il termine par la conclusion de l’enquête nationale Arts et Sciences réalisée par TRAS en 2023 :
“Dans leur transversalité, les interactions entre arts, sciences et société offrent une formidable opportunité de décloisonner les mondes, de rompre les silos, d’inventer de nouveaux imaginaires, d’interagir différemment avec la société. Leur capacité à transformer, à renouveler, à réinterroger l’existant constitue sans doute un levier à saisir pour répondre aux enjeux sociétaux, environnementaux et technologiques actuels.”
Ces tables rondes ont abordé la genèse des projets, les collaborations entre artistes et scientifiques pour en souligner les pertinences et les freins et ensuite évoquer la manière de continuer ces collaborations.
Ce qu’on peut noter, pour ces projets normands, c’est la cohésion des acteur.trice.s entre eux, cohésion entre les structures culturelles nombreuses dans la ville de Caen mais aussi la volonté commune de travailler entre artistes et scientifiques. La qualité de la méthodologie des projets est aussi à souligner ainsi que la volonté de documenter le processus de la collaboration arts sciences.
Le climat politique (totalitarismes, déficience des soutiens du secteur public) s’est aussi invité dans le débat car travailler aujourd’hui ensemble entre champs disciplinaires n’a plus tout à fait le même sens. Il y a comme un sentiment d’urgence à trouver des solutions collectives.
Plusieurs questions soulevées pendant ces tables rondes permettent ainsi de continuer le débat dans le cadre de TRAS.

La collaboration pas encore évidente

Qu’est-ce qui fait commun entre un.e artiste et un.e scientifique ? Sans doute la curiosité, comme pré-requis à la collaboration, il faut certes aimer la rencontre mais aussi accepter la confrontation. Pour cela, il faut aussi créer les conditions d’un langage commun qui permette les échanges.
Il existe une vraie volonté des scientifiques à œuvrer dans le champ multidisciplinaire mais il reste encore des freins du côté de certain.e.s : Est-ce que travailler avec des artistes n’est pas une perte de temps ? Est-ce que les sciences humaines et sociales valent les sciences dites « dures » ? Qu’est-ce que peut apporter l’art aux sciences ?
Nous ne devrions plus nous poser la question de la pertinence de la rencontre. Nous vivons dans une époque où la transdisciplinarité permet le croisement des idées, de la recherche. L’artiste contemporain.e s’intéresse de fait à la science et à la technologie, puisque le 21eme siècle est empreint de ces dernières. En se nourrissant de science, il peut ainsi pousser plus loin sa création en étant au plus près d’une réalité scientifique. L’art contemporain permet de penser le monde, de se décaler des process scientifiques cadrés et normés pour trouver de l’inattendu dans la collaboration : un outil scientifique détourné, une appropriation de l’art par le.la scientifique qui lui permet de toucher du doigt ce qu’il/elle cherche à transmettre aux publics.
A l’international, les grandes universités l’ont compris et intégré dans des laboratoires arts sciences et dans les formations de leurs étudiant.e.s. Au-delà du champ universitaire, c’est aussi la société civile qui s’est emparée de ces collaborations : artistes et scientifiques se réunissent dans des collectifs pour œuvrer auprès des citoyen.ne.s autour de thématiques comme le changement climatique.

Le temps long

Ce qui se dégage de ces échanges, c’est aussi la nécessité du temps long pour répondre à la création d’un langage commun, au temps de la recherche, à la connaissance des disciplines par chacun.e.
Il était aussi intéressant d’entendre la parole artistique de Cendres Delort qui évoquait aussi le temps long auprès des publics (des citoyen.ne.s) qu’elle appelle la « permanence artistique ».
La documentation
Les projets arts sciences du Millénaire de Caen ont pu bénéficier d’un soutien financier qui a permis de développer des projets sur le long terme et outillé les méthodologies notamment concernant la documentation des projets.
Marylène Carre, journaliste, et Luc Brou sont revenu.e.s sur leur mission de documentation, notamment documenter la recherche en train de se faire grâce à la vidéo.
C’est une question récurrente et vitale des projets arts sciences, la vidéo est un élément indispensable et vivant pour suivre les processus en cours, les échanges jusqu’à la réalisation d’une œuvre (ou pas).
Dans le cadre de ces projets, il était bien question de documenter et pas de communiquer même si ce médium permet de poursuivre le travail de visibilité.
Il reste encore beaucoup à faire pour bien documenter et souvent dans les budgets de production des projets arts sciences, il est impossible de conserver une ligne budgétaire pour la documentation. Elle se fait souvent sur le terrain, plus ou moins bien selon les travaux, plus ou moins bien selon les mediums mis à disposition. Comment pourrait-on rendre compte des « carnets de bords » des scientifiques et des artistes ? comment conserver la recherche tout au long du processus ? C’est l’un des enjeux des collaborations : conserver la recherche, démontrer des résultats qu’ils soient de l’ordre d’une avancée scientifique, d’une œuvre, d’une médiation.
Et après ?
Nous l’avons compris, en France, il reste encore du chemin à parcourir pour que ces projets arts et sciences soient reconnus et valorisés à leur juste valeur : leur capacité à inventer, à transformer nos modes de travail, à transmettre.
Pour cela il faut du temps long, des expérimentations comme en Normandie de projets au long cours, d’artistes ou de laboratoires artistiques invité.e.s dans les universités, les laboratoires publics et privés, mais aussi sur les territoires, dans les parcs naturels, dans les villes et la ruralité.
Comme il a été dit pendant les tables rondes, ces projets c’est une forme de maïeutique, qui nécessite du temps et de l’espace.
Soyons poreux.se.s, hybrides, expérimentons.

Les 4 projets arts et sciences menés dans le cadre du Millénaire de Caen et présentés lors de cette journée.

Art, Bien-être, Cerveau : une rencontre essentielle ?

Une étude pour évaluer les impacts de la visite d’un musée sur notre santé, et les effets de cette rencontre sur le cerveau. C’est un projet lancé dans le cadre du Millénaire de Caen 2025 par le musée des Beaux-Arts de Caen et des chercheur.se.s caennais.e.s. de l’université de Caen Normandie

Des recherches mettent en lumière des bienfaits réels autour de la rencontre des publics avec les œuvres et des programmes pilotes émergent au Canada, aux États-Unis et en Europe. Le musée des Beaux-Arts de Caen et des chercheur.se.s caennais.e.s ont identifié un sujet de recherche commun et initié une étude destinée à interroger le lien entre bien-être cérébral et la rencontre avec l’œuvre.
Cette étude vient enrichir, d’une façon nouvelle, la recherche existante. Pour évaluer les impacts de la visite d’un musée sur notre santé, il s’agit d’identifier, sur le cerveau, les effets de cette rencontre.
…La rencontre avec l’œuvre serait donc bénéfique à notre santé ?

Avec Anne Bernardo, responsable de la communication et de la programmation culturelle du musée des Beaux-Arts et coordinatrice de l’étude ABC pour le musée et Denis Vivien, professeur en biologie cellulaire, praticien hospitalier au CHU Caen Normandie, directeur de l’Institut Blood and Brain @ Caen Normandie et directeur du laboratoire PhIND (Physiopathology and Imaging of Neurological Disorders).

+ d’infos sur ce projet

Millenial Academy

Un projet au long cours de formation sur deux saisons pour de jeunes artistes qui bénéficiaient de « master class » données par des artistes plus seniors.
Avec Wandrille Sauvage, chargé de production à la Comédie de Caen, Centre Dramatique National de Normandie et coordinateur de la Millenial Academy.

+ d’infos 

]interstice[1000

Un programme arts/sciences élaboré pour célébrer le Millénaire de Caen en 2025. Dès 2023 ont démarré 6 résidences de création arts/sciences/technologies qui associent artistes numériques, chercheurs et laboratoires scientifiques.
Du 4 au 21 décembre 2025, l’édition 1000 du festival ]interstice[ sera un temps fort du Millénaire de Caen pendant lequel seront présentées les créations issues des 6 résidences, un ensemble d’œuvres audiovisuelles et numériques produites à Caen ainsi que des cartes blanches proposées à des artistes et partenaires internationaux historiques du festival (Canada, Écosse, Pays-Bas, Belgique…). Dont le projet « Geophonies, quels sons font les bruits » de l’artiste Nicolas Germain avec le scientifique Jean-Marc Routoure.
]interstice[1000 a pour ambition la production et la diffusion d’œuvres associant artistes, laboratoires de recherche et structures culturelles locales et nationales ainsi que la constitution d’un pôle interdisciplinaire de recherche et de création en environnement numérique à vocation internationale. L’ensemble du projet s’inscrit dans la dynamique du label UNESCO du réseau des villes créatives/arts numériques, obtenu par la ville de Caen.
Avec David Dronet, direction de Station Mir, directeur artistique du festival ]interstice[ et enseignant à l’Esam Caen/Cherbourg, coordinateur du Studio, du Laboratoire Modulaire

+ d’infos

Débord(i)ons

Débordions est un projet Pôle Territorial de Coopération Associatif (PTCA), Presqu’en fabrique, avec l’opportunité de renforcer le collectif 2021, regroupant à ce jour 12 structures unies pour développer des projets au service du territoire, et particulièrement sur la Presqu’île de Caen.
Débordions est né autour de l’idée était que ce quartier de la Presqu’île déborde en dehors et inversement que le reste du territoire vienne aussi y déborder : un projet autour de l’eau avec des dizaines de temps de rencontres avec la population.
3 résidences art-science-société Traverse et transparence, Entropie, DIvagation
3 projets déjà ancrés dans le territoire

Avec François Millet, directeur de Projets Sciences & Société au Dôme, doctorant au CERREV – Centre de Recherche Risques & Vulnérabilités, les artistes Cendres Delort, Ludmilla Postel…

 

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