Face aux défis environnementaux, sociaux et technologiques, les collaborations entre artistes, scientifiques et citoyens émergent comme des laboratoires d’innovation. L’étude “Relier les mondes, Arts Sciences Société, une réponse aux enjeux contemporains”, commanditée par le réseau TRAS, explore comment sept projets répondent aux enjeux contemporains en mêlant création, recherche et engagement collectif. Menée par l’anthropologue et ergonome Jeanne-Martine Robert, cette analyse révèle les mécanismes, les apports et les défis de ces initiatives transversales. Le 7 novembre 2025, elle a présentée sa méthodologie et ses conclusions dans webinaire.
Faire ensemble : l’expérimentation comme méthode
Des intentions aux processus collaboratifs
Chaque projet part d’une intention claire : répondre à un défi sociétal par une approche hybride. Par exemple, « Vieillir Vivant » vise à repenser la ville pour la rendre inclusive. Pour y parvenir, les équipes adoptent une méthode commune : l’expérimentation collective.
Comme le résume un participant, « on fait tout ensemble ». Cette approche suppose de partager les pratiques, les savoirs et les décisions, dans des cadres organisationnels flexibles. Certains projets sont pilotés par un artiste ou un scientifique (coordination verticale), tandis que d’autres privilégient des dynamiques horizontales où tous les partenaires co-décident.
La fonction d’acteur-projet : un rôle clé
L’étude met en lumière l’importance de la « fonction d’acteur-projet », un concept issu de l’ergonomie. Cette fonction, qui peut être assurée par une personne ou par le groupe, va au-delà de la coordination. Elle consiste à :
- Rassembler et accueillir : créer un espace de confiance où chacun exprime ses contraintes et attentes.
- Adapter les cadres : inventer des solutions administratives et financières pour permettre à des acteurs aux logiques différentes de collaborer.
- Suivre dans le temps : accompagner le projet dans sa dynamique évolutive, en maintenant la cohérence et le sens partagé.
Sans cette fonction, les projets peinent à tenir. Elle est essentielle pour surmonter les obstacles inhérents à la collaboration entre des mondes aux cultures professionnelles distinctes.
L’objet de recherche partagé : le cœur de l’innovation
Au centre de chaque projet se trouve un « objet de recherche partagé » — une maquette, un lieu, une situation — qui sert de point de convergence. Cet objet permet de transcender les différences de langage ou de méthode, en offrant un terrain commun d’expérimentation.
Comme l’explique une participante, « il y a quelque chose au départ avec chacun ses questions, puis on s’en empare, ça se transforme et ça fait émerger une question commune ». C’est autour de cet objet que se produit ce que les acteurs appellent « la magie » : le moment où les éléments épars s’assemblent pour donner naissance à une innovation collective.
Des apports multiples pour la recherche, la création et la société
Pour la recherche scientifique : de nouvelles perspectives
Les projets arts-sciences offrent aux chercheurs des opportunités uniques :
- Observer des phénomènes inédits : dans « Les Langues de Baby Lab », les scientifiques ont pu étudier des comportements d’attention chez les tout-petits, impossibles à reproduire en laboratoire.
- Valider des intuitions : ces espaces exploratoires permettent de tester des hypothèses fragiles avant de les intégrer dans des protocoles classiques.
- Élargir les méthodes : la collaboration avec des artistes ouvre des voies de recherche plus sensorielles et intuitives.
Pour la création artistique : une source d’inspiration
Les artistes tirent également des bénéfices de ces collaborations :
- De nouveaux matériaux : les données scientifiques et les contextes sociaux deviennent des sources d’inspiration.
- Un dialogue enrichissant : le croisement des regards permet aux artistes d’inscrire leur pratique dans des enjeux plus larges.
- Des formats hybrides : les œuvres émergentes sont conçues pour être présentées dans des contextes variés, auprès de publics diversifiés.
Pour la sensibilisation et la formation : des ponts entre les mondes
Ces initiatives ont un impact significatif sur la sensibilisation des publics et la formation des professionnels :
- Créer du lien : en réunissant des personnes aux centres d’intérêt différents, ces projets favorisent des rencontres improbables.
- Rendre accessible la culture scientifique : ils permettent à des publics éloignés des institutions traditionnelles de s’approprier des questions complexes.
- Développer des compétences transversales : les professionnels y acquièrent des outils qu’ils réinvestissent dans leur pratique quotidienne.
L’étude « Relier les mondes » démontre que les collaborations entre arts, sciences et société sont des leviers d’innovation majeurs. En brisant les silos disciplinaires, ces projets inventent de nouvelles façons de créer, de chercher et d’agir ensemble.
Pourtant, leur développement se heurte à des obstacles : manque de financements adaptés, rigidité des cadres institutionnels, difficulté à évaluer des démarches expérimentales. L’étude plaide donc pour :
- Des financements hybrides : combinant soutiens publics, mécénat et ressources locales.
- Une ingénierie dédiée : pour accompagner les porteurs de projets dans la coordination et la pérennisation.
- Une reconnaissance institutionnelle : intégrant ces démarches dans les politiques culturelles, scientifiques et sociales.
Ces projets montrent que l’hybridation n’est pas seulement une méthode, mais une philosophie : celle d’un monde où arts, sciences et société s’enrichissent mutuellement pour construire un avenir plus inclusif et créatif.
Pour aller plus loin :
- L'étude complète est disponible ICI

![[TRAS – le podcast] Ep. 2 : Webinaire de présentation de l’étude “Relier les mondes” | avec Jeanne-Martine Robert [TRAS – le podcast] Ep. 2 : Webinaire de présentation de l’étude “Relier les mondes” | avec Jeanne-Martine Robert](https://www.reseau-tras.eu/wp-content/uploads/2025/04/LOGO-TRAS-LOGO-COMPLET-JPG-RVB-COULEUR-scaled.jpg)